Comme dans un livre de George Bird Evans

Dixie's ruff

Samedi après-midi, la pluie et la neige ont cessé, le vent s’est calmé et j’entends beaucoup mieux la cloche du chien que ce matin. Le setter couvre du terrain et cherche les oiseaux avec un désir fou et l’agilité d’un athlète, c’est beau à voir. Elle a fait quelques conneries la veille, mais avec tous les contacts qu’elle a eus dernièrement elle semble avoir pogné la piqûre de la gélinotte et j’en suis bien heureux. Ma blonde a décidé de m’accompagner pour prendre quelques photos et voir sa chienne à l’œuvre sur un fond de couleurs d’octobre. J’espère de tout cœur que mon jeune setter réussira à impressionner sa maitresse, et que si elle réussit à le faire que je pourrai assurer le tir.

Puis Dixie nous fait une très grande boucle à gauche sur un flanc de colline et en redescendant vers nous a tout allure dans les feuilles mouillées le son de la cloche qui nous indiquait son rythme et sa vitesse s’arrête d’un seul coup. Juste au son du dernier coup de cloche je le sais, c’est assurément un oiseau. Je ne vois rien, car je suis devant un mur de Saint-Michel et j’ai l’impression que la chienne est pas loin de l’autre côté. L’oiseau doit être coincé entre nous deux. Je prends une chance, je redescends un peu le sentier pour trouver une ouverture dans cette haie des plus dense et puis en traversant je vois les yeux du chien figé qui me regarde. Elle boit les émanations et pointe dans ma direction. Et puis du coin de l’œil j’aperçois un fantôme en mouvement sous les conifères, j’épaule par ce qu’elle va y aller et ensuite POW! Un seul coup tiré un peu trop tôt et l’oiseau retombe de son décollage avorté. Ce n’était pas le coup de fusil le plus glorieux de ma carrière, mais c’est un coup réussi. J’ai un peu trop poivré la perdrix d’avance par peur de la laisser partir, mais je suis satisfait et libéré de la pression que j’avais depuis le début de notre marche. Dixie fonce vers l’oiseau, le prend dans sa gueule, joue un peu avec, me regarde et le laisse par terre, elle ne le rapporte pas. Ce n’est pas grave on travaillera le rapport une autre fois c’est le temps de célébrer cette belle récolte. En mettant l’oiseau dans mon sac je me relève et puis le vrombissement sourd d’un décollage se fait entendre, Dixie s’était remise à l’arrêt sur une seconde gélinotte a quelques mètres de moi et je ne m’en étais pas du tout rendu compte. Bravo mon chien, good girl! On continue allez up up! Nous reprenons le chemin en parlant de ce magnifique arrêt ma blonde et moi. Et puis il se fait de plus en plus tard, le soleil va commencer à se coucher nous devrions rebrousser chemin. Je rappelle le chien pour lui indiquer que nous changeons de direction.

En redescendant le sentier alors que nous jasions, le GPS s’est mis à vibrer ayant détecté que le chien ne bougeait plus depuis quelques secondes. Elle est à l’arrêt! Je n’ai pas besoin de lui expliquer ma blonde me suis en accélérant le pas pour ne pas rien rater de la scène. En arrivant au chien, le temps s’est arrêté un instant et je me suis senti comme dans un livre de Georges Bird Evans, du moins ce que j’ai pu imaginer quand j’ai lu ses récits. Une scène parfaite, avec des arbres aux troncs blancs, un tapis jaune au sol et des feuilles rougeâtres qui tombent de partout. Un setter bien droit le fouet remonté à 45 degrés et surtout une tête bien haute et un regard intense et confiant. Et en plus ma blonde est avec moi pour partager ce beau moment et prendre des photos. Il va me rester a bien contourner devant. Je dépasse le chien en restant sur le sentier environ 20 pieds et j’entre. J’avais a première vue l’impression d’un arrêt sur bécasse à cause de l’espèce de trou devant lequel elle se tenait, mais non la tête haute indique bien que l’oiseau est beaucoup plus loin que le bout de son nez, je me retourne et je vois le coq qui démarre son moteur et prend son élan pour un décollage classique a 40 pieds de moi. Ma première gerbe de plomb 7.5 semble fendre l’air et finir sur les petits troncs d’arbre que l’oiseau a commencé à utiliser comme bouclier, et puis le second coup, celui-ci assurément en plein dedans la fait tourbillonner et retomber lourdement au sol. Dead bird! Allez ma Dixie retrouve moi cet oiseau! Au moment où elle se lance, j’aperçois mon coq qui se relève et prend la fuite à pieds pour disparaître rapidement. Merde j’ai brisé une aile et il est encore bien en forme. Mais ma setter semble sentir et traquer l’oiseau, ce sera sa première expérience sur un oiseau blessé. Je ne veux surtout pas perdre un gibier que j’ai blessé et Dixie doit faire vite avant qu’il ne puisse aller se cacher trop creux. Et puis après deux minutes de stress, j’entends des claquements d’ailes, une fois de plus dans le Saint-Michel tellement serré que je ne peux rien y voir. Puis Dixie ressort sans l’oiseau, mais la gueule pleine de plumes. Je la félicite et je récupère ma perdrix immobile, maintenant achevée au beau milieu de sa cachette. Bon la chienne ne me l’a pas rapporté comme dans les textes de GBE, mais je n’ai pas choisi ce setter pour ses instincts de rapporteur, mais bien pour qu’elle me trouve des oiseaux et qu’elle me les arrête. Elle a fait son job, je lui montrerai bien comment rapporter de la plume un de ces quatre, je sais qu’elle l’a en elle.

En rentrant je fais remarquer à ma blonde que notre chien vient de faire 3 arrêts consécutifs sur gélinotte sans erreur, elle s’améliore la petite! Ce fut encore une fois une sortie inoubliable de chasse au chien d’arrêt.

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