De la réservation à l’assiette

Danny et Lana

Pour un passionné, une sortie de chasse lui trotte dans la tête pendant plusieurs jours. Où aller ? Quel sentier faire ? Et des idées de recettes. Les bécasses sont en pleine migration. La bonne dépression des derniers jours et le bon vent vont sûrement regrouper la dame des bois avant son grand départ. Il faut que j’en profite. Et surtout, les gélinottes qui sont nombreuses cette année. Notre king des oiseaux du upland. Maudit que c’est bon de la gélinotte ! J’ai quelques recettes qui me trottent dans la tête depuis quelques jours. Pour ça, il m’en faut que 2. Lana devrait pouvoir m’aider à accomplir çà dans le respect de la tradition de la chasse avec chien d’arrêt.

C’est fait, j’ai décidé de l’endroit : la réserve faunique Papineau Labelle. Je vais faire le sentier du fer à cheval et l’autre juste à côté. Eh oui, je nomme mes sentiers parfois. Il faut que je fasse attention en vous disant çà, car je vais finir par être invité à un dîner de cons si j’exprime trop ma passion !!!

La dernière chasse de Lana fut pas mal bien et les contacts avec nos oiseaux se sont bien passés. Mieux que le début de l’année. Je pense vraiment qu’elle ne chasse pas bien avec un autre chien même si je ne perçois pas de compétition entre les chiens. Il y a un petit « quelque chose » que je n’arrive pas à comprendre dans cette situation où il y a 2 chiens.

Le rituel de l’arrivée commence. J’enfile mon dossard, j’ouvre le GPS, mets les « bijoux » au chien, mets des cartouches dans le dossard et sors le fusil. Lana est tellement nerveuse, qu’elle a haleté tout le trajet pour se rendre à la réserve. Elle n’est pas bien dans sa tête et je n’aime pas ça. Anxieuse au max. J’ai beau essayer de lui changer les idées de toutes les façons, mais je n’y arrive pas. La seule chose qui semble la relaxer, c’est de commencer sa quête, sa grande quête de setter anglais !

Un bon risotto de champignons et des suprêmes de gélinotte cuits sous vide, c’est ça que je veux faire, mais pour çà, Lana ! Trouve-moi 2 gélinottes et Chantal et moi allons nous régaler !

Lana commence à chasser, fidèle à elle-même. Pas fait 100 mètres qu’elle est prudente, elle marche sur des coquilles d’œuf. BEEP, BEEP, BEEP! Lana, t’es menteuse, tu me fais ça à chaque coup ! Je veux que tu montes à la viande, la bloquer, alors sors de là ! Go ! Chasse, et laisse les menteries de côté. J’ai remarqué çà d’elle, assez souvent elle est prudente dès le départ et marque un ou 2 arrêts menteurs ou si vous préférez des arrêts non productifs. Sortie de la, la vitesse augmente à un train d’enfer. Le GPS m’indique des pointes de vitesse à 45 km/heure ! Elle couvre du terrain à cette vitesse. S’il y a une gélinotte devant son nez, l’oiseau va geler de peur ! BEEP, BEEP, BEEP! 217 mètres devant à gauche ! Le biotope est parfait pour de la gélinotte. Si je peux la récolter, je vais prélever les suprêmes. Les cuisses et la carcasse vont servir à faire le bouillon pour le risotto. BEEP, BEEP, BEEP! C’est ça qui fait un bon risotto, le bouillon. Et en plus, avec le parmesan qui me reste et je pense avoir quelques chanterelles séchées. L’eau pour réhydrater les chanterelles va finir le risotto. BEEP, BEEP, BEEP! Tu es là ! OK, je la contourne par la droite, passes loin devant Lana. Elle boit littéralement l’air, elle est en transe ! L’oiseau est là je suis certain, entre elle et moi, sous un peuplier tombé. Je fais 1 pas, le fracas des ailes qui frappent les branches du peuplier et en moins d’une seconde, la gélinotte s’envole ! Le réflexe du chasseur que je suis, le fusil monte à la joue, queue, tête bang ! Elle tombe ! Cette séquence parfaite me fait vivre de fortes émotions, je suis incapable de le décrire ! Lana retrouve l’oiseau et le laisse par terre. Je le ramasse, et l’examine. La gélinotte n’est pas trop abîmée. C’est parfait pour faire cuire de beaux suprêmes sous vide, à 54,5 C pendant 1 h 45, ils devraient être cuits parfaitement tout en laissant la viande juteuse et tendre. Je vais quand même les finir au beurre dans la poêle.

Lana est repartie, et elle vient de faire le contour d’une clairière et au fond, une aulnaie. Sûrement des bécasses là-dedans. BEEP, BEEP, BEEP! Tu m’enlèves les mots de la bouche Lana ! J’arrive à elle, mais impossible d’y aller par devant, 2 bécasses me décollent dans la face et impossible de tirer bien sûr. Lana est partie sous l’aile, mais ralentit et coule, coule, comme un chat et vlan ! Arrêt ! Je contourne par devant cette fois-ci et ça décolle entre elle et moi ! Le fusil monte et bang ! Ratée ! L’adrénaline est au max ! Il y a de l’action en si peu de temps.

Lana garde le rythme et sa quête continue. Mais j’y pense, si je fais plus de bouillon de perdrix avec les carcasses au congélateur je vais pouvoir faire une sauce pour les suprêmes. Et si je trouve un peu de thé du Labrador, ce serait super. Je vais faire ça : on fait fondre de l’échalote française au beurre, du vin blanc, laisse réduire et on ajoute le bouillon de perdrix, laisse réduire à feu moyen fort, ajoute le thé du labrador pour infusion 3-5 minutes, filtre la sauce, ajoute de la crème et un roux à la dernière minute pour épaissir légèrement. Lana vient juste de passer devant moi vers la gauche, elle traverse un endroit où ils ont laissé les branches d’un ancien buché. J’aime ça quand elle fait le tour de ce genre de clairière. BEEP, BEEP, BEEP! Ça y est, elle est juste là de l’autre côté et à quelques mètres devant elle il y a un arbre plein de pimbinas. Il y a sûrement une gélinotte ! J’avance vers elle, l’adrénaline est au max redoutant l’envol. En la contournant, je me rends parallèle à elle et ça lève devant moi. Le fusil monte à la joue, bang ! Et au même moment, 2 autres gélinottes décollent, mais impossible de tirer. Lana prend la gélinotte dans sa gueule et la laisse par terre. Je ramasse ce bel oiseau, une juvénile de l’année probablement, car les plumes de la queue sont courtes. Et de 2 !

L’équipe de chasse entre Lana et moi va bien ce matin. Elle est efficace jusqu’à présent. La quête du chien continue à un rythme à faire peur. Je suis toujours étonné de la voir rouler aussi vite et manger si peu ! Une névrosée ! Je vais faire mon risotto classique aux champignons comme accompagnement. Je n’ai plus de champignons sauvages à la maison, je vais prendre des Paris. Je fais chauffer un chaudron à haut rebord, mais pas trop gros, j’ajoute de l’huile. BEEP, BEEP, BEEP! Encore ! Il y a donc ben des oiseaux cette année ! Je n’ai même pas le temps de me rendre à Lana qu’elle lâche sont arrêt et j’attends une gélinotte décoller ! Ça fait 8 oiseaux en 45 minutes ! Que s’est-il passé ? A-t-elle vu l’oiseau et foncé dedans ? Ou elle n’a pas été assez prudente dans sa relocalisation ? Bof, laisses faire Danny ce n’est pas une machine ta chienne !!! Ah oui, j’ajoute une échalote française ciselée et le riz arborio. Il faut bien nacrer le riz avec l’huile. J’ajoute une tasse de vin blanc et baisse le feu à moyen faible. Tout en brassant sans arrêt pour laisser évaporer tout le liquide. Une louche à la fois, j’ajoute le bouillon de perdrix chaud jusqu’à ce que le riz soit « ’al dente »’. Juste vers la fin, j’ajoute l’eau d’hydratation des chanterelles et le parmesan lorsque le liquide est tout absorbé. J’ajoute les champignons que j’ai fait sauter légèrement au beurre et à l’ail.

Lana ! Tu es où maintenant ? 280 mètres devant, maudit que tu vas vite !

Danny ! Eh Danny ! On mange quand ? Dans 5 minutes ! J’étais dans ma tête à penser à samedi dernier.

Jamais plus sans mon chien.

2 Commentaires

Submit a comment