Gélinotte : boisé agricole vs forêt boréale

La gélinotte se situant au bas de la chaîne alimentaire animale, elle a dû développer des mécanismes de protection contre les prédateurs pour assurer sa survie. Les principales stratégies de défense de ce gallinacé face à des chasseurs comme vous et moi sont les suivantes : l’envol, se percher, le camouflage en restant immobile ou la fuite en courant. Ces comportements sont assez imprévisibles et semblent varier d’un individu a l’autre, ou selon le type de biotope dans lequel nous chassons. C’est selon moi cet aspect de l’espèce qui rend sa traque si excitante et parfois frustrante.

Au fil de mes lectures et sorties de chasse des dernières années j’ai remarqué que les perdrix semblent adopter des comportements assez distincts dépendamment des écosystèmes et des régions ou elles vivent. Afin de simplifier l’analyse et mes explications j’ai décidé de diviser en deux catégories les types d’écosystèmes :

La farouche en boisé agricole

Les gélinottes de ces biotopes situés plus au sud de la province se sont adaptées au milieu plus urbain. Les oiseaux qui ont survécu et qui se sont reproduits sont ceux qui ont adopté un comportement plus méfiant face au danger. Ce sont les caractéristiques de l’écosystème qui a poussé l’évolution de ces perdrix plus urbaines. La superficie des boisés est limitée par les zones agricoles, les forêts sont généralement moins matures avec moins de conifères. De plus le couvert de neige y est souvent moins important. Ces caractéristiques combiné au fait que les oiseaux sont beaucoup plus en contact avec les humains et animaux domestiques explique une tendance plus farouche en favorisant la fuite en courant ou l’envol rapide plutôt que le camouflage et l’immobilité.

J’ai également remarqué que le plumage de la queue des gélinottes récoltées en milieu agricoles était en quasi-totalité de couleur rouille (red phase comme disent les américains). Selon mes lectures, la coloration rousse de la gélinotte est caractéristique de l’aire de répartition du sud. Mon hypothèse est qu’il s’agit d’une adaptation afin d’améliorer son camouflage dans les forêts feuillues et broussailles des fermes du sud de la province.

La bohème en forêt boréale

Lorsque mes expéditions de chasse me mènent plus loin de la ville, dans une réserve faunique par exemple, les règles du jeu changent. La traque de la gélinotte prend une dimension distincte. Les caractéristiques de la forêt sont différentes. La forêt est beaucoup plus vaste, Elle est constituée d’arbres tolérants au froid, souvent plus mature dont de nombreuses espèces résineuses (pins, épinettes, sapins et thuyas) et de quelques espèces feuillues (peupliers et bouleaux). Cette géographie contribue donc au fait que les perdrix ont moins de contact avec les humains, animaux domestiques et les véhicules. L’évolution a donc développé des perdrix qui continuent parfois d’utiliser la stratégie de l’immobilité. C’est selon moi pourquoi il arrive encore de retrouver une ou 2 gélinottes immobilisées en bordure de chemin forestier croyant être parfaitement camouflées. Il arrive aussi fréquemment que lorsque les gélinottes décollent elles se perchent dans un arbre ou sur une souche à proximité. Pour chasser efficacement dans ces grands espaces et pour tirer profit du comportement des gélinottes, la chasse se pratique souvent en marchant le long d’un chemin ou sentier durant plusieurs kilomètres en scrutant la forêt en bordure. Attention, soyez vigilant car Mme umbellus est imprévisible et peut vous surprendre même en pleine forêt boréale. Un bon chasseur est selon moi celui qui est toujours prêt à épauler et prendre un tir au vol.

En terminant j’ai remarqué que la majorité des gélinottes récoltées en forêts boréale dans les réserves fauniques et les ZECS avaient une coloration grise. La littérature me confirme encore une fois que cette phase de couleur est caractéristique des individus vivant plus au nord.

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