Le setter, La bécasse, l’orignal et le loup

Photos: Charlotte Dragon

C’était à la mi-octobre, nous marchions sur un sentier ma copine et moi après une sortie de chasse à la gélinotte. Nous n’avions pas vu d’oiseaux, mais je dégustais chaque instant passé dans la forêt loin de la ville. Il était environ 17 h, la journée avait été sombre et la lumière commençait à diminuer, j’avais de la difficulté à distinguer quoi que ce soit dans les bois autour de nous. C’est alors que nous avons entendu un son lointain résonner sur le lac que nous longions. Nous nous sommes immobilisés en même temps pour essayer d’entendre plus clairement. Tout en nous regardant, nous nous sommes demandé l’un et l’autre si c’était bien le hurlement d’un loup. Au deuxième hurlement, ça ne pouvait pas être plus clair, c’était bien des loups qui se répondaient entre eux. Nous sommes restés sans bouger plusieurs minutes à écouter ces cris fendre le silence et a nous rappeler humblement que nous n’étions pas les seuls prédateurs sur le territoire.

Le jour suivant, mon frère Guillaume et moi avons décidé de faire travailler le chien dans un couvert que nous avions aperçu en se rendant au chalet et qui semblait très propice pour la bécasse. L’endroit prospecté la veille se trouvait sous une ligne de transport d’Hydro-Québec qui coupait précisément la forêt en deux et laissait pousser de chaque côté de denses peupliers et autres feuillus d’environ 12 pieds de hauteur.

C’était brumeux, gris et sans vent. Sur la route Guillaume appliqua les freins d’un coup brusque, et me fit sursauter. En levant les yeux, je compris. Nous venions de surprendre un loup qui traversait le chemin. Il s’est arrêté, a regardé en direction de la voiture, et bondit dans les herbes hautes pour disparaître dans les bois. Un peu sous le choc, car je croise rarement des loups, et encore un peu endormi, je me demandais si je venais de rêver. Non, nous venions vraiment de déranger un prédateur sur son territoire de chasse. Nous avons repris la route en discutant de notre loup et en nous demandant s’il était solitaire et ce qu’il pouvait bien traquer à cette période de l’année.

En arrivant chez les bécasses, nous avons laissé sortir Skeetie qui tremblait d’excitation à l’arrière de la voiture et lui avons mis son collier émetteur et sa cloche. J’ai chargé mon 12 avec de nouvelles cartouches 2 pouces et demi Woodcock Load, remplies de 7/8 d’once de plombs numéro 10. Guillaume enfila sa veste pendant que ma copine préparait son appareil Nikon pour documenter la sortie.

La zone, en plus de leur offrir une bonne protection, selon nos hypothèses, permettait aux bécasses d’utiliser le chemin tracé par les pylônes électriques pour migrer vers le sud. À voir le nombre de petits arbres cassés et broutés de leurs feuilles, l’endroit semblait aussi avoir été le garde-manger des orignaux durant l’été.

Guillaume donna le signal à Skeet et comme une fusée elle disparut dans les framboisiers en bondissant par-dessus les obstacles que nous ne pouvions voir. Nous suivions le son de la cloche tout en essayant de ne pas trébucher et de rester le plus près possible de la chienne pour être au rendez-vous lorsque le son s’arrêterait. À peine deux minutes plus tard, ça y était, le silence. Guillaume étant positionné plus près du chien, il alla servir le premier arrêt. L’oiseau décolla en se fracassant les ailes contre les grands fouets que formaient les arbustes et semblait avoir de la difficulté à atteindre la cime. J’ai pu distinguer la silhouette d’une bécasse et au même moment le coup de feu de Guillaume fit changer sa trajectoire subitement et elle retomba sans aucun bruit. La chienne était déjà en course folle pour retrouver sa proie. Find the bird! s’écria Guillaume, car Skeet est une petite Américaine d’origine. Elle retrouve toujours les oiseaux tombés, mais n’est pas une rapporteuse née, nous devons donc la suivre jusqu’au gibier.

Photo couvert

Skeet reprit sa quête tandis que j’essayais de ne pas la perdre de vue. Et puis ce fut à mon tour, elle fit un arrêt franc et intense tout prêt de moi. Je pouvais la voir trembler, sa queue bien haute et le corps un peu tordu pour pointer le nez en direction de l’odeur qu’elle venait de capter.  »Prépare-toi c’est une bécasse c’est certain! » dit Guillaume. Je trouve ces arrêts tellement beaux à voir que ça me déconcentre et souvent j’oublie de rester alerte et prêt à tirer. En avançant et en essayant de couper entre le setter anglais et la bécasse d’Amérique, celle-ci fit siffler ses plumes d’ailes en prenant de l’altitude et le bruit distinct me rappela aussitôt pourquoi j’étais ici et ce que je devais faire. J’ai épaulé et probablement appuyé sur la gâchette trop rapidement, bang! je pouvais encore la voir continuer à s’éloigner de moi. Dernière chance, je replace ma joue sur la crosse, j’appuie une seconde fois et pan! L’oiseau bascula finalement et disparut dans l’herbe devant nous. Après quelques minutes de recherche, Skeet localisa l’oiseau et je le pris dans ma main pour le contempler et savourer le moment de ma première bécasse récoltée cette année.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers la voiture pour prendre une pause avant de nous aventurer de l’autre côté de la route. En discutant des émotions fortes que l’ont venait de vivre et après avoir fait boire Skeetie, Guillaume s’écria vivement : Orignal! C’est alors que l’incroyable vision de ce grand cervidé femelle marchant péniblement sur la route dans notre direction, nous fit tous reculer sans bruit. L’orignal à quelques mètres de nous, fit quelques pas vers nous et se retourna pour voir derrière et c’est à ce moment phénoménal que nous avons aperçu le loup qui la suivait. En nous voyant, le loup sauta rapidement dans les broussailles et disparut sans bruit. Nous pouvions très bien distinguer les blessures aux pattes arrières que les loups acharnés lui avaient infligées en la mordant. Nous savions que nous n’avions rien a faire dans cette bataille et que nous devions nous effacer le plus rapidement possible de la scène. l’orignal reprit son chemin de l’autre coté de la route sous la ligne électrique tandis que nous démarrions la voiture pour quitter.

l'orignal
l’orignal

En rentrant nous avons pu suivre les traces de l’orignal et du loup sur deux kilomètres.  Nous pouvions clairement distinguer des traces de combats entre les deux animaux et voir du sang frais sur le chemin. Je n’ai pas pus m’empêcher de me demander si les loups que nous avions entendu la veille étaient ceux de la meute qui traquait cet orignal. Sans aucun doutes celui que nous avions croisé plus tôt ce matin la, faisait partit de l’attaque.

Avons-nous été chanceux que Skeet ait été dans la voiture quand c’est arrivé? Surement. Je crois qu’il faut toujours être prudent lorsqu’on chasse, encore plus lorsqu’on chasse en forêt loin de toute civilisation. Tout s’est bien terminé pour nous, fort probablement moins bien pour cette femelle orignal. Tout aussi fascinante que cette scène ait pu être pour nous, c’est simplement le cours normal des choses dans la nature.

Étant des adeptes de chasse à l’orignal, Guillaume et moi nous étions déjà retrouvés très près de certains orignaux en situation de chasse, je voudrais par contre remercier la photographe d’avoir gardé son calme et pensé à prendre quelques photos dans le feu de l’action.

Avez-vous déjà rencontré des prédateurs en chassant avec votre chien d’arrêt? Laissez-nous SVP vos réponses en commentaire.

 

 

 

 

 

2 Commentaires

  1. Wow! Ça c’est une histoire de chasse! J’a vu un loup dans un champ derrière la maison de la grand-mère de ma conjointe à Pointe-aux-Outardes, mais jamais de scènes de prédation!

    • Oui Alex, c’était toute une scène! Comme dans un rêve. Ça se passe tellement rapidement. On va s’en souvenir longtemps de cette sortie! Merci pour le commentaire!

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