Les 3 perdrix et la bécasse

3 perdrix et 1 bécasse par Rémi Ouellet

Au Québec la nature est reine. Elle émerveille et absorbe. Elle séduit sans se laisser conquérir au point où elle constitue le personnage principal de toutes nos histoires de chasse. La nature dicte ce que font les hommes et les bêtes.

Cette journée-là, n’ayant que quelques heures pour chasser je décidai de tenter ma chance près de chez moi. Je connaissais une place que je n’avais pas visité depuis quelque temps, mais que je soupçonnais vive en gélinottes dans les haies. Ces lignes de roches et de haies, qui sont en réalité d’anciennes clôtures de perches de cèdres élargies par les années sont en automne remplies de pimbinas et de fruits d’aubépines , ce dont raffolent les gélinottes en maraude. Ces amoncellements de fardoches représentent un microhabitat des plus accueillant pour la petite faune. Un maïs d’un côté, un chaume d’avoine de l’autre, ces lignes sont comme le prolongement des boisés et des petites forêts du paysage bocager. Je prends mon fusil, enfouis une poignée de 7 1/2 dans ma poche puis j’enfile la cloche et le beeper au coup de Narcisse. Le son du picon # 2 me plait et me rappelle un tas de souvenirs. Sitôt découplé́, le blue belton file au grand galop.

Il n’a pas franchit cent mètres qu’il donne un violent coup de frein puis se fige… Le cœur battant la chamade je le rejoins à la course. Par expérience je sais que dame gélinotte ne tient pas une éternité dans ce genre de couvert… J’arrive au cul du chien, le dépasse et… À ma grande surprise, une compagnie d’une dizaine de perdrix Hongroises* m’explose dans les bottes avec fracas… Et moi qui m’attendais à voir une gelinotte ! Je réussis à culbuter une perdrix à limite de portée tout en regardant la direction que prend le reste de la couvée. Comme il s’agit désormais d’une chasse en plaine je retire la cloche et le beeper.

Suite à une poursuite épique où se succèdent arrêts et coups de fusil, je me retrouve avec 3 belles grises biens dodus dans la gibecière au dos de ma veste. Du coup, comme il s’agit d’un joli tableau et que la sacrosainte lumière pour mettre en boîte quelques images est idéale je décide de retourner pour trouver une belle place pour immortaliser mon tableau. Nous étions presque parvenues à la voiture que Narcisse stoppe net au bout d’une pointe de roches broussailleuse. J’ai à peine le temps de fermer le juxtaposé qu’une bécasse s’extirpe bruyamment des épines pour s’envoler droit devant moi en longeant la ligne, m’offrant un coup de feu facile. Alors là c’est le bouquet ! Je reste la gueule en Ô et les yeux en accents circonflexes… Une bécasse….Ici et à cette date ! Finalement le hasard a fait que je n’ai pas vu une seule gélinotte,  mais plutôt une compagnie de perdreaux gris et une jolie bécasse retardataire juste avant de rentrer. Tout ça en à peine une petite heure ! La chance du chasseur ? Peut-être. Opportuniste certainement ? Si le fait de chasser et de tuer quelques pièces c’est de la chance, alors oui… Mais quel bonheur quand même !

*Perdrix Hongroise.

Il faut savoir que la perdrix grise (perdix perdix) n’est pas indigène en Amérique. C’est un hasard si elle porte le nom d’un des pays d’où elle provient, car des oiseaux importés proviennent aussi d’Angleterre, du Danemark et d’autres pays européens. Les premières introductions importantes de grise en Amérique ont eu lieu il y a une centaine d’années dans les provinces de l’ouest de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. C’est dans ces vastes régions des prairies que l’on trouve encore aujourd’hui les plus grandes densités de perdrix. Au Québec il y a environ une cinquantaine d’années que la petite Hongroise a été introduite dans le sud-ouest de la province.

Jumelée aux populations implantées en Ontario et dans l’état de New York plus ou moins à la même époque où un peu auparavant, le petit gallinacé occupe aujourd’hui quelques zones agricoles de la  vallée du fleuve Saint-Laurent là où subsistent les fermes laitières de dimensions humaines .

Texte et photo: Rémi Ouellet

 

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